Œuvres ouvertes

Camp militaire

...

Le camp militaire était enfin tombé. Depuis plusieurs décennies, les habitants de la ville parlaient entre eux des vastes galeries souterraines qui menaient, disait-on, jusqu’au palais du maître éloigné de plusieurs dizaines de kilomètres. Maintenant que le camp militaire était tombé, maintenant que les prisonniers du régime étaient dehors, on recevait des appels. Morts ou vivants, des disparus appelaient leurs parents à l’extérieur. On ne savait qui leur avait donné des téléphones portables. La rumeur circula alors qu’il y avait d’autres cachots plus en profondeur, rendus inaccessibles car des galeries avaient été bouchées. Pendant plusieurs semaines, on reçut les appels des disparus, les mêmes que ceux qu’on avait reçus en dormant pendant tellement d’années. Désormais, les appels vous parvenaient en plein jour, et l’on pouvait parler avec les disparus qu’on essayait en vain de localiser, réalisant sous terre de nouvelles percées dans lesquelles des hommes s’engouffraient, auscultant les murs, guettant un signe sonore. S’approchait-on ainsi, à partir du camp militaire, des prisonniers ensevelis, ou plutôt du palais où était terré le maître ? On creusait, on creusait guidés par leur voix, à la fois terrifiés et fascinés à l’idée que le mur le plus épais allait bientôt céder, ouvrant le passage sur ses yeux de grande fureur.

© Laurent Margantin _ 27 février 2011

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