Œuvres ouvertes

Journal profane (6), par Serge Velay

Cabane pour Jean-Paul Dollé

Nos vingt ans ont brûlé dans l’effervescence et le faste d’un printemps de fête. La vie insurgée avait rompu les digues. Les nuits brillaient de l’éclat des matins découverts. L’élan prodigue pilotait alors un train à grande allure et sans destination ; telle notre bonne fée, il nous gratifiait de faveurs saisissantes : la liberté de dire, la présence innocente, le temps désarrimé. Or rien n’avait vocation à durer. Bientôt ce qui était uni se sépara et ce qui nous unissait divisa le monde. « Ce qui se réalise, écrit Maurice Blanchot, se perd aussitôt. »

La fête était finie. La place rendue aux imposteurs et le retour des jours imbéciles signaient notre défaite ; cependant les circonstances extraordinaires de notre naissance nous obligeaient. A l’heure du désenchantement, non seulement le sens du commun et de l’amitié hérité de la noblesse de rue coupa court à la honte d’avoir été vaincus, mais il décida des contours d’une vie-à-vivre : tenir sa ligne en usant des gestes et des mots qui ne séparent pas, sans jamais s’excuser pour ses justes imprécations contre la vie soumise.

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